Les algues épandues sur les champs à proximité des habitations sont-elles dangereuses ?

Postée le 5 avril par Maud | Écologie | 1 commentaire

Réponse de Lisa Billard, doctorante en Biologie

Non cela n’est pas dangereux. Les algues épandues sur les champs sont des macroalgues, et aucune d’entre elles n’est toxique. Ce sont majoritairement les algues vertes qui prolifèrent sur nos côtes, mais dans d’autres régions du monde, comme en Polynésie française ou dans les Caraïbes, par exemple, ce sont des algues brunes qui prolifèrent et envahissent les récifs coralliens. La dangerosité des échouages d’algues vertes en Bretagne dépend de la quantité de gaz toxique émis lors de la décomposition des algues par des bactéries. Les quantités d’algues ainsi épandues sur les champs sont trop faibles pour cela.

Mécanisme. Lorsque les algues sont en grande quantité sur la plage, le dessus sèche et crée une croûte dure qui empêche les échanges gazeux. Les algues se décomposent donc en dessous et cela crée une poche de gaz qui ne peut pas s’échapper. Le danger vient du fait que quand cette poche est rompue, par exemple quand on marche dessus, une grande quantité de gaz s’échappe. C’est à cette forte dose que le gaz est très toxique et peut provoquer irritations des voies respiratoires, des pertes de connaissance et, dans le pire des cas, un arrêt cardiaque. Dans les champs, cela n’est pas possible au vu des quantités épandues. Les microorganismes qui y décomposent les algues, apportées fraiches ou séchées ne produisent alors pas d’odeurs nauséabondes.

Avantages. Le procédé d’épandage est au contraire très avantageux, il permet d’enrichir le sol en azote, phosphore et minéraux pour les futures cultures. La seule contrainte est que le transport entre la côte et le champ se fasse rapidement (24-48h) pour que les algues restent fraîches. L’amendement par les algues est donc une solution locale qui permet d’éviter d’utiliser des engrais chimiques produits plus loin, avec les problèmes environnementaux de leur production et de leur transport. De plus, cela est réglementé et l’agriculteur ne peut recouvrir d’algues une parcelle qu’une fois tous les 5 ans, pour ne pas déstabiliser le sol.

Valorisation. L’épandage des algues sur les champs est une manière simple de valoriser cette ressource gratuite qui peut sinon s’avérer être un casse-tête pour les villes. D’autres moyens de s’en occuper existent, allant du simple dépôt en déchèterie, en passant par le brûlage, le séchage (http://www.rse-magazine.com/Le-traitement-des-algues-vertes-etude-de-cas_a442.html) ou encore le compostage en les mélangeant à des déchets verts (http://www.ouest-france.fr/bretagne/algues-vertes-une-usine-de-compost-sans-odeur-1427006). D’autres pistes font actuellement l’objet de recherches : se servir de ces algues vertes pour produire de l’énergie via la méthanisation (https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thanisation ) ou la production de bioéthanol (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bio%C3%A9thanol) pouvant servir de carburant, ou encore la production de bioplastiques biodégradables.

Il s’agit là de solutions permettant de répondre à court terme aux dangers et désagréments (odeur, fermeture des plages) de la présence d’algues vertes sur nos plages. Mais n’oublions pas que la prolifération de ces algues vertes a entre autres pour origine les surplus d’engrais et l’épandage des lisiers non assimilés par les champs, qui sont alors retrouvés dans les nappes phréatiques, les rivières puis dans la mer. Le gouvernement, les collectivités et les agriculteurs essaient donc de limiter au maximum les fuites d’azote et de phosphore pour qu’à long terme ce problème s’estompe et, espérons-le, disparaisse.

Collaborateur : Solène Connan et Valérie Stiger, enseignantes-chercheuses en Biologie marine

  • Le 17 avril à 17:08, par Loïc ANTOINE En réponse à : Les algues épandues sur les champs à proximité des habitations sont-elles dangereuses ?

    Avant que prolifèrent les algues vertes, il était de tradition, au moins en Bretagne, de récolter le "goémon d’épave", qu’on trouve sur les plages après les tempêtres ou en fin d’automne. Ce sont principalement des alqgues brunes laminaires, que les agriculteurs épandaient sur leurs champs en guise d’engrais gratuit. Ils étaient (et sont encore) autorisés à récolter le goémon d’épave, en particulier en Bretagne Nord,dans le Léon, où je vis souvent.

    Répondre à ce message

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