Les algues épandues sur les champs à proximité des habitations sont-elles dangereuses ?

Postée le 5 avril 2017 par Maud | Écologie | 2 commentaires

Réponse de Lisa Billard, doctorante en Biologie

Non cela n’est pas dangereux. Les algues épandues sur les champs sont des macroalgues, et aucune d’entre elles n’est toxique. Ce sont majoritairement les algues vertes qui prolifèrent sur nos côtes, mais dans d’autres régions du monde, comme en Polynésie française ou dans les Caraïbes, par exemple, ce sont des algues brunes qui prolifèrent et envahissent les récifs coralliens. La dangerosité des échouages d’algues vertes en Bretagne dépend de la quantité de gaz toxique émis lors de la décomposition des algues par des bactéries. Les quantités d’algues ainsi épandues sur les champs sont trop faibles pour cela.

Mécanisme. Lorsque les algues sont en grande quantité sur la plage, le dessus sèche et crée une croûte dure qui empêche les échanges gazeux. Les algues se décomposent donc en dessous et cela crée une poche de gaz qui ne peut pas s’échapper. Le danger vient du fait que quand cette poche est rompue, par exemple quand on marche dessus, une grande quantité de gaz s’échappe. C’est à cette forte dose que le gaz est très toxique et peut provoquer irritations des voies respiratoires, des pertes de connaissance et, dans le pire des cas, un arrêt cardiaque. Dans les champs, cela n’est pas possible au vu des quantités épandues. Les microorganismes qui y décomposent les algues, apportées fraiches ou séchées ne produisent alors pas d’odeurs nauséabondes.

Avantages. Le procédé d’épandage est au contraire très avantageux, il permet d’enrichir le sol en azote, phosphore et minéraux pour les futures cultures. La seule contrainte est que le transport entre la côte et le champ se fasse rapidement (24-48h) pour que les algues restent fraîches. L’amendement par les algues est donc une solution locale qui permet d’éviter d’utiliser des engrais chimiques produits plus loin, avec les problèmes environnementaux de leur production et de leur transport. De plus, cela est réglementé et l’agriculteur ne peut recouvrir d’algues une parcelle qu’une fois tous les 5 ans, pour ne pas déstabiliser le sol.

Valorisation. L’épandage des algues sur les champs est une manière simple de valoriser cette ressource gratuite qui peut sinon s’avérer être un casse-tête pour les villes. D’autres moyens de s’en occuper existent, allant du simple dépôt en déchèterie, en passant par le brûlage, le séchage (http://www.rse-magazine.com/Le-traitement-des-algues-vertes-etude-de-cas_a442.html) ou encore le compostage en les mélangeant à des déchets verts (http://www.ouest-france.fr/bretagne/algues-vertes-une-usine-de-compost-sans-odeur-1427006). D’autres pistes font actuellement l’objet de recherches : se servir de ces algues vertes pour produire de l’énergie via la méthanisation (https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thanisation ) ou la production de bioéthanol (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bio%C3%A9thanol) pouvant servir de carburant, ou encore la production de bioplastiques biodégradables.

Il s’agit là de solutions permettant de répondre à court terme aux dangers et désagréments (odeur, fermeture des plages) de la présence d’algues vertes sur nos plages. Mais n’oublions pas que la prolifération de ces algues vertes a entre autres pour origine les surplus d’engrais et l’épandage des lisiers non assimilés par les champs, qui sont alors retrouvés dans les nappes phréatiques, les rivières puis dans la mer. Le gouvernement, les collectivités et les agriculteurs essaient donc de limiter au maximum les fuites d’azote et de phosphore pour qu’à long terme ce problème s’estompe et, espérons-le, disparaisse.

Collaborateur : Solène Connan et Valérie Stiger, enseignantes-chercheuses en Biologie marine

  • Le 17 avril 2017 à 17:08, par Loïc ANTOINE En réponse à : Les algues épandues sur les champs à proximité des habitations sont-elles dangereuses ?

    Avant que prolifèrent les algues vertes, il était de tradition, au moins en Bretagne, de récolter le "goémon d’épave", qu’on trouve sur les plages après les tempêtres ou en fin d’automne. Ce sont principalement des alqgues brunes laminaires, que les agriculteurs épandaient sur leurs champs en guise d’engrais gratuit. Ils étaient (et sont encore) autorisés à récolter le goémon d’épave, en particulier en Bretagne Nord,dans le Léon, où je vis souvent.

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    • Le 1er août à 13:45, par Le Lay Yves-Marie En réponse à : Les algues épandues sur les champs à proximité des habitations sont-elles dangereuses ?

      Mesdames,

      je ne m’étonne plus de ce genre de discours lénifiant vieux de déjà cinquante ans lors de la réponse du préfet des Côtes du Nord aux élus de Saint-Michel inquiets des premiers échouages d’algues vertes sur les plages de la commune.

      Certes, les algues vertes répandues sur les terres sont la moins mauvaise solution pour s’en débarrasser à la condition de bien les disperser sur les terres afin qu’elles sèchent pour ne plus pourrir. Or, si elles sentent dans ce champ, c’est le signe manifeste que le travail d’épandage est mal fait et que la putréfaction des algues continue avec les risques que l’on connait plus d’ailleurs pour les animaux que pour les êtres humains qui ne sont plus éloignés par leur taille des émanations toxiques.

      Dans ce discours tenu par des biologistes éminentes on retrouve le souci, (conscient ou inconscient ?) de retourner l’image très négative des algues vertes. Cet épandage est présenté comme un atout pour l’exploitation des terres par la richesse supposée qu’il apporterait. Or, ces algues ont peu de valeur agronomique par rapport à la qualité de sel qu’elle laisse sur les terres. De ce point de vue, elles n’ont rien à voir avec les laminaires dont le thalle et même la tige apportent plus de bonne matière organique au sol. D’ailleurs, je doute fort que cet apport entre dans le calcul du reliquat d’azote dont les excès nourrissent précisément les algues.

      Ce n’est pas un hasard si ce type de réponse ne souligne jamais les causes connues et reconnues de ces proliférations algales, néglige de rappeler le danger qu’elles représentent et prend le parti très contestable de les valoriser. Il manque manifestement la source de ce discours. On ignore non qui le tient mais quel organisme public ou privé le porte.

      J’attends donc de voir si ces remarques seront acceptées et veillerai précisément à le vérifier. Enfin je situe d’où je parle et en quelle qualité ; je suis président d’une association de protection et de la nature et de défense des sites naturels et auteur d’un livre particulièrement documenté sur le sujet.

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